Les idées fausses courent vite

lettre sept 2016Elles sont agréables à admettre, parce qu’elles répondent, le plus souvent simplement, à une question gênante, ou complexe. Elles aident à ne plus réfléchir et s’imposent par un discours péremptoire.

Notre profession souffre de ce mal qui entretient un conflit récurrent, où les arguments contradictoires ne laissent aucune place à la logique et au recul nécessaire pour prendre la juste mesure de la situation.

Tous les acteurs partagent une part de responsabilités où, idéologie et intérêts personnels, polluent un débat privé de sérénité.

Pourtant, depuis le Congrès de Rennes en 1982, les règles avaient été clairement établies et acceptées par ceux-là même qui aujourd’hui les contestent et nous reprochent de vouloir “médicaliser” la pratique de l’acupuncture.

Il n’est pas question de dénoncer tel ou tel, dans un seul soucis de polémique, car notre politique d’aujourd’hui, adaptée à une situation qui a évolué, reste fidèle aux principes qui ont été élaborés. Leur sincérité ne saurait être mise en doute, mais, leur mémoire est devenue sélective.

Dans le compte-rendu du congrès administratif de l’IFAT, du 20 mai 1982, les décisions prises étaient officialisées et devaient s’imposer à l’ensemble des formateurs directeurs de l’enseignement.

Pour mémoire, il est impératif de rappeler ce que devait contenir le programme de formation :

<< 2 années de formation de physiologie et anatomie occidentale préparatrice aux études de l’acupuncture et 3 années d’études >>.

Au moins, les choses étaient claires, mais, combien les ont respectées et appliquées ?

Nous étions participants et signataires enthousiastes de ces décisions et nous n’avons pas dérogé à nos engagements. Mais, nos contradicteurs qui confondent  nos propositions avec des injonctions qui seraient imposées aux écoles., à une époque, déclaraient dans ce même congrès :

<< Notre rôle est de faire aux Pouvoirs Publics des propositions sérieuses à nous ( si la possibilité nous en est donnée ) de discuter farouchement nos positions étant bien entendu qu’en dernier ressort c’est tout de même les Pouvoirs Publics qui ont le Pouvoir de Décision. >> ( verbatim),

Notre rôle de responsables, qui nous a été démocratiquement reconnu, est de considérer la situation dans sa globalité et d’en révéler les faiblesses. Tous les projets proposés par les différentes organisations professionnelles se sont heurtés à un refus, soit par manque de preuves d’une formation sérieuse, soit par des contenus incompatibles avec le Code de santé publique.

Nous avons été reçus et auditionnés deux fois par le Ministère et deux fois par les instances ordinales. Il ressort de ces auditions que les autorités de santé sont déterminées à lutter contre les déviances qui se sont installées dans la profession et nuisent à son image de sérieux et de compétences.

Nous sommes conscients de ce qui menace l’avenir de notre profession et de ceux qui professent un enseignement de haut niveau selon les règles acceptées en 1982.

Nous avons proposé : que les agréments des écoles soient reconduits sur les bases d’une Charte qui a été votée et acceptée à la majorité des participants à la Conférence des Ecoles, qui s’est tenue en octobre 2015. Il se trouve, maintenant, que la minorité qui ne l’a pas votée la conteste aujourd’hui.

L’objectif de cette Charte étant de démontrer aux Pouvoirs publics que l’enseignement est structuré sur un programme commun et conforme aux recommandations ministérielles sur les compétences des futurs praticiens.

Par ailleurs, et pour rester dans une logique de cohésion pédagogique, nous avons proposé aux Ecoles de se réunir sous un label commun en Institut de Formation en Acupuncture Traditionnelle, chaque école conservant son appellation d’origine. Certains nous ont accusé de vouloir imposer un pouvoir hégémonique sur les écoles, alors que l’organisation interne des IFAT serait sous la seule responsabilité collégiale des Instituts de formation, le CSNAT ne faisant que valider l’acte d’adoption de la Charte. Le Président de la FNAT déclarait :

<< Je saluerais toutes les écoles (18 à ce jour) qui ont su se remettre en cause pour valoriser leur enseignement dans l’accomplissement de cette voie, celles qui sont prêtes à faire l’effort d’une unité nationale des bases d’enseignement et de passage de notre examen. >> ( verbatim 1982)

Alors, quelle logique, laissant supposer que ce qui était admis à l’époque, devienne une disposition qui irait à l’encontre des intérêts même de ces écoles ?

Pourquoi diffuser des messages, dans un but obscur, où le fond et la forme sont détournés, à de plus jeunes générations, alors qu’il serait plus utile et plus efficace de se soutenir en collégialité afin de mutualiser des moyens dispersés, donc inefficaces ? Où est l’intérêt supérieur de la promotion professionnelle ?

Il serait temps que les auteurs de ces déclarations affrontent leurs contradictions.

Bernard Avel

Président du CCREAT