Profession acupuncteur. Pourquoi? Comment ?

LETTRE NOVEMBRE 2016Depuis les travaux de Samuel Hahnemann en 1796, connus sous le nom l’homéopathie, l’Europe découvrait une alternative à la médecine “conventionnelle”, qui, à l’époque, l’était bien peu. L’usage des plantes médicinales, dites “ les simples” restait le traitement de choix en milieu rural, souvent sous le contrôle du guérisseur. Les médecins, rares dans les campagnes, offraient des qualifications et des compétences très inégales et souvent en conflit avec le rebouteux local.

Mais, dans la seconde moitié du XIXème siècle, les travaux des chimistes sur les principes actifs des plantes, jusque-là utilisées

dʼune manière empirique, isolent des substances qui pourront être conditionnées en officine dans des présentations codifiées et quantifiées. Les pharmaciens et les médecins s’en assurent lʼautorité de gestion et de prescription. La médecine moderne sʼorganise et se structure autour dʼun système universitaire et législatif qui la protège. LʼEtat ne reconnaît, pour ses citoyens, que la médecine officielle et les diplômes quʼil délivre. Tout exercice sortant de ce cadre est qualifié dʼillégal. Le patient, sʼil a le libre choix de son médecin, nʼa plus le choix de sa médecine. LʼOrdre règne sur lʼordonnance.

Un “Grand Patron” le Pr Alexandre Minkowski, portait un jugement sévère sur lʼOrdre des médecins.

«  Cet organisme aurait pu être considéré à la rigueur comme un facteur de progrès. Dans la mesure où il aurait assuré la surveillance – je ne veux pas dire le contrôle – de lʼéthique, de la déontologie médicale.

En fait, il sʼest transformé en une sorte de gardien de lʼordre établi – lʼordre de la bourgeoisie médicale. »

Le mot est lâché, et pas par le moindre dʼentre eux. Il ne sʼagit pas, dans le cas qui nous concerne, celui de reconnaître la compétence et le droit de pratiquer lʼacupuncture à des non- médecins, alors que la discipline nʼentre pas dans le cursus des études médicales, mais bien dʼadmettre que tout individu est capable dʼapprendre une science et dʼy exercer son talent, si celui-ci est validé par un diplôme reconnu.

Cependant, lʼinformation scientifique sortie du domaine réservé au Corps médical, relayée par les médias, et le public découvre les grandeurs, les excès et les dérives de la médecine investie par lʼindustrie pharmaceutique. Les patients prennent conscience quʼune consommation excessive, inadaptée et incontrôlée de médicaments, avaient des effets iatrogènes, quelquefois irréversibles, sur leur santé.

Dans les années 60, ils découvrent ou redécouvrent que la médecine est multiple et complexe et que des réponses différentes peuvent être proposées. Lʼacupuncture, introduite en France au XVIème siècle et qui avait connu des fortunes diverses, redevient dʼactualité et sʼarticule harmonieusement, dans une pensée énergétique, avec lʼhoméopathie, toujours considérée par les médecins comme une utopie placebo.

Les patients inquiets et informés des risques quʼils courent, nʼont plus le sentiment dʼêtre protégés par une médecine officielle qui les expose à des dangers de plus en plus nombreux.

Ils se tournent donc vers des propositions thérapeutiques qui ont fait leurs preuves, telle lʼacupuncture, trois fois millénaire, qui repose sur les principes ontologiques et holistiques de lʼêtre humain. Ces trente dernières années, la demande a régulièrement progressé, entraînant avec elle des formations de praticiens aux qualifications très inégales et hétérogènes. Ce constat a placé les Pouvoirs publics et politiques sur une position de méfiance vis-à-vis de lʼensemble des professionnels. Cʼest pour cette raison quʼil convient dʼorganiser ce domaine de la Santé durable, pour le structurer en véritable profession dans un cadre légal reconnu et protégé. Nous ne demandons ni plus, ni moins, mais admettre que dʼautres lʼont accepté.

Bernard Avel

Président du CCREAT