Evolution, mais pas révolution

nov 2017En réponse à  nos demandes de reconnaissance au droit d’exercer et à  la mise en place d’un cadre professionnel, les pouvoirs publics et les autorités de santé nous renvoient toujours l’argument de l’expérimentation et de la preuve que l’acupuncture a bien sa place dans l’arsenal thérapeutique et la prévention.

Nous disons d’accord. Jouons le jeu. Mais, comment mettre en place une expérimentation clinique à  grande échelle, suffisamment pertinente, sans nous donner les moyens de l’exercer légalement, afin d’étendre le panel des patients et de démontrer que les praticiens agissent avant tout dans l’action préventive dans les limites des compétences que la loi aura fixées ?

L’exercice de l’acupuncture en France, et la demande exponentielle de la patientèle, est un constat que les pouvoirs publics et les autorité de santé ne peuvent contester. C’est déjà un élément de preuve apporté par la satisfaction, dont le second est que cette médecine holistique a traversé plusieurs millénaires sans prendre une ride dans l’application de ses principes fondamentaux sur lesquels des chercheurs du CNRS se penchent avec intérêt, en y voyant une voie rationnelle pour “inspirer” la pensée scientifique. Prévoir pour ne pas avoir à guérir.

Mais, force est de reconnaître que sa pratique, dans un vide juridique, pose un problème de sécurité pour les patients que, depuis plus de quarante ans, nous ne cessons de dénoncer.

Cependant, et nous devons nous en féliciter, aucun accident majeur n’a fait l’objet d’un procès médiatique, malgré une échelle des valeurs des compétences très inégales.

Conscients que la population des praticiens, tant médecins que non-médecins, est très hétérogène, nous ne demandons pas une reconnaissance ex nihilo, sans apporter les preuves de notre savoir faire, formé par un enseignement de grande qualité. Cependant, cela ne suffit pas, car l’absence de professionnalisation encadrée par des règles et des limites, laisse la voie libre au charlatanisme et aux dérives sectaires.

Nous avons toujours été confrontés à un refus, né d’un conservatisme de principe non justifié par les faits. Comment pouvons-nous être jugés et évalués par des “experts” qui exercent dans d’autres spécialités médicales et qui n’ont jamais ouvert un livre traitant de l’acupuncture, afin de comprendre son système de pensée, pour aborder autrement les signes annonciateurs de dérèglements de la santé, et de son incomparable outil de prévention. Agir en amont.

Dans beaucoup de démarches d’autres organisations professionnelles nous constatons, dans la rédaction des énoncés, la confusion entre reconnaissance de l’acupuncture et la reconnaissance du droit à l’exercer par des non-médecins. L’OMS et l’Académie de médecine ont reconnu l’efficacité de l’acupuncture dans un certain nombre de pathologies qui ne relèvent pas obligatoirement de la médecine conventionnelle. Ce panel est assez large pour y exercer notre art, en affirmant la légitimité de l’espace que nous revendiquons dans le domaine de la santé et surtout de la prévention. La France ne doit plus être montrée du doigt par l’Europe.

La profession ne sera reconnue que si l’enseignement dispensé est inclus dans une formation professionnelle validée, avec un statut pour les écoles privées agréées et ses formateurs.
Cette logistique est en place depuis des années et sa validation appartient aux pouvoirs publics

Bernard Avel

Président du CCREAT