Médecine conventionnelle et devoir de mémoire

LETTRE MARS 2016Toutes les sociétés pour se protéger des agressions, naturelles, épidémiques, ou guerrières, ont cherché la parade en se dotant dʼun “système de santé”.

Un grand nombre de ces médecines nʼont laissé que peu de traces , disparues avec les civilisations qui les avaient élaborées. Lʼacupuncture a survécu.

Il faut, cependant, ne jamais perdre de vue que notre médecine actuelle est une étape, et non une fin, dʼune somme de connaissances compilées et dʼapproches expérimentales empruntées aux médecines précédentes ou ancestrales. Il faut savoir lʼadmettre et le reconnaitre.

Cyrille Javary, citant Alain Daniélou, dans son “Etude sur lʼorigine du YI KING” (édition du CSO 1985) écrit – “ tous ceux qui…ne prennent dans les grandes traditions que ce qui ne dérange pas leurs habitudes “, pointe du doigt les sceptiques ou les réfractaires à ce qui nʼest pas conforme à la ligne orthodoxe. Plus loin il écrit – “ … ce que nous appelons rationnel est seulement cartésien. Ce nʼest pas parce que le positivisme scientifique nous a donné des théories…. que tout ce qui nʼest pas cartésien est forcément irrationnel…   Dire que la pensée chinoise nʼest pas cartésienne est une évidence, dire quʼelle est irrationnelle est une sottise.”

Cependant, nos autorités de santé persistent à demander des comptes et des expertises prouvant que lʼacupuncture est efficace -” Personne ne conteste – écrit-il encore – que lʼacupuncture nʼest pas “scientifique” au sens où elle est rebelle à la preuve par la répétition de lʼexpérience en laboratoire… parce quʼelle est orientée selon une rationalité différente de celle dont nous avons lʼhabitude”.

Notre médecine conventionnelle a montré ses grandeurs, mais aussi ses limites, parce que, nous dit le Larousse : “ conventionnel est synonyme dʼarbitraire, de convenu, de conformiste…” Nos politiques, contraints par des lois dépassées et inadaptées à la demande sociale, sont enfermés dans un champ de vision étroit qui a défini un système de santé sous tutelle, méfiant par définition à tout ce quʼelle nʼa pas réglementé, le rendant aveugle de ses propres erreurs.

Nous revendiquons lʼapplication de lʼArt. 6 de la “Déclaration des Droits de lʼHomme et du Citoyen”

La Loi est l’expression de la volonté générale. Tous les Citoyens ont droit de concourir personnellement, ou par leurs Représentants, à sa formation. Elle doit être la même pour tous, soit qu’elle protège, soit qu’elle punisse. Tous les Citoyens étant égaux à ses yeux sont également admissibles à toutes dignités, places et emplois publics, selon leur capacité, et sans autre distinction que celle de leurs vertus et de leurs talents.

En vertu de cet article, nous demandons que tout étudiant en acupuncture soit reconnu, dans ses choix et vocation, aux mêmes titres quʼun étudiant en médecine. Que ses facultés et capacités dʼapprendre une autre discipline soient validées et le conduisent à exercer ses talents professionnels si ils sont définis par un diplôme. Il faut entendre la demande des patients.

Notre médecine moderne sera un jour ancestrale au même titre que la médecine chinoise, mais elle aura, elle aussi, contribué à forger un maillon de connaissances. Le champ des connaissances acquises et celles à venir est assez vaste pour que chacun y tienne honorablement sa place.

Le médecin apprend et exerce la médecine, lʼacupuncteur apprend et participe à la santé durable dans le domaine de la prévention. Réunir harmonieusement ces deux entités de savoirs différents, mais complémentaires, ne pourra que grandir lʼimage dʼune médecine humaine, solidaire et efficace. La recherche ne peut avancer que si elle est opportune à dʼautres savoirs non cartésiens.