Mises au point

JANVIER 2017 Lʼacupuncture occupe-t-elle une place importante dans la demande de soins ?

La société française, éduquée et informée, regarde lʼoffre de soins avec un œil critique. Sans tourner le dos à la médecine conventionnelle, elle module ses besoins et ses attentes, en fonction du bien-être quʼelle espère. Lʼacupuncture y occupe une place privilégiée et la demande est croissante.

Cette place répond-t-elle à des options sanitaires ?

LʼAcadémie de Médecine, dont le jugement fait autorité, lʼa reconnue comme une “thérapie complémentaire” dans un rapport publié le 5/11/2013. Selon le Vidal, “les auteurs du rapport ont identifié 3 000 essais cliniques randomisés sur les effets de l’acupuncture, et des revues Cochrane (méta-analyses) dans 40 indications. Lʼacupuncture, lʼhypnose, lʼostéopathie et le tai-chi sont les techniques complémentaires les plus riches en publications indexées”

S’il sʼagit dʼune thérapie complémentaire, lʼaccusation dʼexercice illégal de la médecine serait un contre-sens. En effet, les Médecines Complémentaires et Alternatives, terme retenu par l’OMS, regroupent « des approches, des pratiques, des produits de santé et médicaux, qui ne sont pas habituellement considérés comme faisant partie de la médecine conventionnelle (médecine occidentale, médecine allopathique) ». Reste à savoir si lʼOMS serait une autorité de santé, non reconnue par la France ? Le peuple serait-il incompétent pour décider de ses propres choix ?

Les Pouvoirs publics prennent-ils en compte cette option sociétale ?

La position des Pouvoirs publics est ambigüe. Il nʼy a pas dʼhostilité affichée, mais, ceux-ci conditionnent leurs décisions à lʼavis de lʼOrdre des médecins, sachant parfaitement que celui-ci est défavorable par principe. Dans les années 90, pour répondre à une demande croissante de certains médecins, lʼOdM sʼest débarrassé dʼun phénomène quʼil considérait comme marginal, en créant pour les médecins une “orientation acupuncture” pour ne pas la reconnaitre comme spécialité ?

Lʼacupuncture est-elle une branche de la médecine ?

Lʼacupuncture nʼest pas enseignée dans le cursus de formation des étudiants en médecine, elle ne figure donc pas dans les compétences validées par le Diplôme dʼEtat de docteur en médecine. Lʼinterdiction dʼexercer la profession dʼacupuncteur nʼest pas inscrite dans une loi. Elle relève dʼune décision imposée par le seul corps médical, représenté par son Ordre professionnel. LʼOrdre peut être consulté sur un projet de loi, mais, cʼest le vote des parlementaires qui sera souverain. Il y a un vide juridique réel, qui autorise certains magistrats à prendre des positions allant dans le sens de lʼintérêt des médecins et non dans celui des patients. Le droit serait-il à géométrie variable ?

Lʼenseignement de lʼacupuncture peut-il former des praticiens non-médecins ?

Tout étudiant, si son niveau intellectuel est suffisant, est apte à acquérir les connaissances théoriques et cliniques dans le cadre dʼune formation spécifique de qualité. Ce serait faire injure à lʼespèce humaine de considérer quʼun individu, s’il nʼest pas médecin, est nécessairement incompétent pour exercer des actes, dʼailleurs non inscrits dans les actes médicaux.

Cʼest tout à lʼhonneur dʼune profession que dʼexiger quʼelle soit reconnue et réglementée, ce qui impose des droits et des limites.

La liberté d’organiser et de dispenser un enseignement est une manifestation de la liberté d’expression : elle est définie par la « loi Debré » n°59-1557 du 31 décembre 1959 sur la liberté de l’enseignement et les rapports avec l’enseignement privé. Cependant l’État est le seul habilité à délivrer diplômes et grades universitaires : les diplômes délivrés par les écoles privées n’ont pas de valeur officielle sauf s’ils sont reconnus par l’État. Nous ne sollicitons ni plus ni moins de lʼEtat.

Bernard Avel

Président du CCREAT