Fracture iconoclaste

photo lettre avrilLʼart de négocier demande de prendre du recul par rapport aux objectifs à atteindre. Il relève dʼun juste équilibre entre ce qui est proposé et ce qui est possible.

Notre profession est hétérogène, tant en amont, au niveau de lʼenseignement, quʼen aval, au niveau du tissu professionnel composé de praticiens issus des formations médicales et de primo-accédants en quête de reconversion sociale.

Si, dans les années 60-70, la première catégorie était majoritaire, le paysage sʼest inversé ensuite avec, en corollaire, des vagues de procès pour exercice illégal de la médecine. La  profession  se  fragilisait  par  lʼexpression dʼun exercice marginalisé de plus en plus clandestin.

Nous avons pris conscience de la situation dʼune profession qui se dégradait et menaçait de disparaitre, alors quʼen Europe lʼexercice se libéralisait et sʼintégrait au système de santé.

Les responsables que nous étions alors, se sont retrouvés à Rennes en 1982 dans le premier grand congrès professionnel de lʼIFAT, sous la présidence dʼhonneur de Charles LAVILLE- MERY qui a présidé les débats et officialisé les décisions.

En janvier de la même année, des Commissions de travaux préparatoires, qui avaient été constituées à Chamarande, étaient entérinées à Paris.

Il ressortait des débats que <>…..(verbatim)

« Il ressort de toutes ces discussions la nécessité dʼune formation commune de tous les praticiens de lʼacupuncture traditionnelle. Th. Bollet fait part du programme total de formation des acupuncteurs en 5 années ( 2 années de formation de physiologie et anatomie occidentale préparatrices aux études de lʼacupuncture et 3 années dʼétudes de lʼacupuncture). J.L. Blard, dans son école, a déjà mis en place le nombre dʼheures adopté par la commission de lʼenseignement à Châteauroux. » 1982- Ambition iconoclaste ou utopie constructive ?

A moins de considérer que ces grandes figures de lʼacupuncture déliraient en prévoyant lʼinévitable nécessité dʼun enseignement associé des sciences bio-médicales pour une harmonisation des niveaux de formations entre les étudiants issus des professions médicales et les primo-accédants.

2012/2016-Le projet du CCREAT/CSNAT ne fait que réactualiser des décisions prises par les instances professionnelles en 1982. Trente quatre années perdues en conservatismes stériles. Certains, qui nʼayant jamais assumé des responsabilités professionnelles, nous intentent un mauvais procès, aux motifs que lʼacupuncture traditionnelle perdrait son âme en sʼassociant à un enseignement de sciences occidentales. On ne perd pas son âme avec la connaissance.

Si nous admettons les motifs, nous allons dichotomiser la profession entre les acquis et les non-acquis. Une profession “balkanisée” se déchire et se fragilise.

Regardons  ce  qui  couve  chez  nos  confrères  ostéopathes,  dont  les  kinésithérapeutes revendiquent lʼexclusivité des compétences et… “les autres”. Les parlementaires seraient prêts à défendre les premiers si le dossier revient sur la table. Que deviendraient les “autres” ? Défendre  lʼacupuncture  et  son  enseignement  ne  consiste  pas  à  lʼenfermer  dans  une  tour dʼivoire, mais à lʼinscrire dans un projet qui regarde les réalités du XXIème s.

Les négociations en cours reposent sur ce constat. Elles sont, comme toutes négociations soumises à compromis et non pas à compromissions. Ne coupons pas la branche fragile sur laquelle repose notre devenir. Pensons aux étudiants qui souhaitent en faire leur avenir.

Bernard Avel

Président du CCREAT