Profession acupuncteur !

lettre avrilEn France, la pratique de l’acupuncture a commencé vraiment à se développer dans les années 1960 et a rapidement gagné une part d’opinion favorable dans le public.

D’abord utilisée comme un complément à d’autres approches thérapeutiques, elle s’est rapidement imposée comme une médecine à part entière et a capté l’attention de la recherche scientifique, dont les travaux sont contestés par le Corps médical.

Les progrès de la médecine conventionnelle se sont accompagnés d’excès dans la recherche du toujours plus de profits dans la compétition des laboratoires. Cette course aux dépôts de brevets pour l’obtention d’AMM, a conduits certains laboratoires à raccourcir les tests et à négliger les effets secondaires. Ces dérives ayant entrainé des accidents mortels ou des pathologies lourdes et invalidantes, la méfiance du public s’est étendue, sans nuances, à l’ensemble des médicaments.

Cette désaffection pour la médecine conventionnelle a poussé les patients à se tourner vers les médecines alternatives, parfois sur des choix irrationnels, par manque  d’informations objectives, sous couvert de labels “naturels” .

Cependant, parmi ces démarches, l’acupuncture représente le taux le plus élevé des demandes formulées par des patients mieux informés, soit par les médias, soit par le bouche-à-oreille, soit par des praticiens exerçant dans d’autres disciplines et pratiquant l’acupuncture.

Il s’agit bien d’un courant irréversible, dont les autorités de santé s’accommodent, car ces consommateurs de soins représentent une part non négligeable d’économies hors sécurité sociale. Nous n’avons pas à porter de jugement, de l’impact en santé publique, sur ces démarches d’auto-médication qui échappent aux impératifs de prévention et de veille sanitaire.

Conscients que les compétences des praticiens en acupuncture sont très hétérogènes, et que les enseignements dispensés ne font l’objet, pour la plupart, d’aucun label de qualité, nous avons mis en place des structures visant à organiser un cadre pédagogique et professionnel.

Mais, une profession ne peut prétendre à ce titre, et à être reconnue comme telle, que si elle  est composée de gens de métier présentant les qualités communes de compétences validées. Une profession désigne la corporation des personne exerçant la même activité. Pour le sociologue M. Sorel, la profession est ainsi « un métier socialement organisé et reconnu ». Elle fait appel à des savoirs savants. En particulier, pour les professions de l’humain dont l’exercice requiert un savoir de plus haut niveau. Nous revendiquons depuis 30 ans cette reconnaissance.

Ces qualités relèvent en amont d’un enseignement à la fois des fondamentaux théoriques et des mises en application cliniques. Comme pour toute profession, ce sera ensuite le fruit de l’expérience acquise au cours des années d’exercice et de formation continue. Il ne doit pas y avoir de rupture entre la fin des études et la vie professionnelle, surtout lorsqu’il s’agit d’un exercice seul en cabinet, qui peut vite devenir stérile, si il n’est pas confronté à d’autres savoirs.

La France, moteur innovant de l’Europe, doit prendre pleinement conscience que les Etats de l’Union l’ont devancée et “encerclée” en reconnaissant et légalisant avant elle, l’exercice de l’acupuncture comme un atout majeur dans le domaine de la prévention et de la santé durable. En 2018, Paris va accueillir les Journées mondiales de l’acupuncture. Elle se doit de prouver au monde qu’elle a su dépasser les clivages corporatistes et les a priori moyenâgeux.