Une Conférence citoyenne

statu-quoDepuis plus de quarante ans, notre profession cherche des voies, élabore des projets, présente des Livres blancs, contacte des hommes politiques, pour obtenir son émancipation et son droit légitime à exercer un art médical ancestral que la médecine conventionnelle n’a pas inventé.

Il y a eu des espoirs et beaucoup de déceptions.

Devant ce bilan peu réconfortant, les praticiens s’impatientent ou perdent confiance dans les différentes organisations qui les représentent. C’est légitime, mais pas sans risques, car trop d’intérêts croisés sont aux aguets et espèrent un abandon des entreprises de reconnaissance.

Même si le contenu et le fond des projets présentent des objectifs différents, nous nous rejoignons sur une volonté commune d’ouvrir le dialogue avec les Pouvoirs publics. Mais, comment les y contraindre ?

Quand on a exploré sans succès les recours, il reste une voie démocratique qui a fait ses preuves : La Conférence de citoyens.

Celle-ci désigne une procédure se donnant pour objectif de faire participer les citoyens au débat public. La Conférence ce citoyens est un outil au service d’une démocratie participative abordant des questions tant techniques, éthiques que sociétales.

La Conférence de citoyens répond à une situation où la décision politique est souhaitable, mais où elle revêt une complexité inhabituelle et nécessite un consensus de la population.

En 2012, l’Institut Montaigne a organisé une conférence de consensus pour répondre aux questions :

“ Quel système de santé voulons-nous ? Comment souhaitons-nous l’utiliser et le financer pour qu’il soit viable ? “

Des intérêts multiples et contradictoires sont liés au sujet présenté. Un compromis ne peu être trouvé. La conférence sert alors à proposer une solution la plus conforme, ou la moins contraire à l’intérêt général.

L’objectif  est d’éclairer les élus en amont, parce que ce sont eux qui seront en charge de la prise de  décision, mais pas forcément sensibilisés aux enjeux sociaux et économiques.

La situation de la France dans l’Union européenne, met l’Etat dans l’obligation de donner à la société sa capacité à faire face à la concurrence. L’évaluation démocratiquement établie, représente la seule voie susceptible de remettre en cause la position conservatrice des Autorités de santé.

Les indicateurs de bien-être et de progrès social qui doivent servir à la définition des politiques à mener, ne peuvent être laissés aux dédisions des experts et doivent faire l’objet d’un véritable débat citoyen. Un exemple déjà bien éprouvé, sont les jurés d’assises.

Le panel des citoyens doit refléter la composition socio-démographique de la nation,et doit permettre aux profanes de « remettre en question » les certitudes des experts.

Pour que cette Conférence de consensus ne soulève aucune critique ou contestation sur sa validité, elle doit suivre un protocole rigoureux sur les méthodes de recrutement des citoyens et des experts.

Dans les nombreux courriers que nous recevons, les positions évoluent du statu quo qui voudrait que la situation reste en l’état pour ne pas troubler un faux ordre établi et des petits intérêts mercantiles. D’autres, qu’il faut manifester par des pétitions et tous moyens populistes. Hélas, les élus et décideurs, rodés à ces turbulences, sont peu sensibles à ces arguments. Entre ces extrêmes, le dialogue doit s’imposer.

Il nous faut choisir entre une liberté sans droits reconnus qui nous confine à la clandestinité, et une liberté négociée avec des droits acquis, mais aussi des devoirs contractuels.

Bernard AVEL

Président du CCREAT